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L'historique de la Langue des Signes Française 

Dans la Grèce antique, le philosophe PLATON utilisait le mot "LOGOS" pour signifier la notion de parole et de raison, quelqu'un ne parlant pas ne pouvait raisonner, le sourd, donc muet, restait "irrémédiablement" confiné dans l'ignorance, interdit de savoir. La surdité et le mutisme était donc une tare dont on tentait de nier l'existence, jusqu'à cacher la naissance, l'existence d'enfants atteints.

Au contraire les égyptiens, les arabes, les perses surtout réagirent différemment en applicant à cette déficience des préceptes religieux qui amenaient le peuple à regarder cette infirmité comme un siège visible de la faveur céleste, attitude au premier abord  plus "humaine" mais qui confinait le sourd-muet dans sa différence.

Le Moyen Age, fidèle à son image nous livre peu d'information sur la condition des sourds, il nous permet juste de supposer qu'ils devaient se regrouper et communiquer entre eux par gestes, tout en ayant, dans leur village, le même statut que les fous et les débiles (Les idiots du village).

Au XVIéme sciècle, Montaigne remarque que des sourds adoptent un langage par signes, il cite : "Il ne leur manque rien à la perfection de savoir se faire entendre", en parrallèle, les prêtres, chargés de l'instruction s'aperçoivent qu'une éducation semble possible.

Pedro de Ponce, Juan Pablo Bonet, John Wallis, Rodrigue Péreire essayeront par diverses méthodes d'apprendre aux sourds à parler. Par de piètres résultats, ces tentatives montreront leurs limites. Dans les années 1760, quelques sourds sont éduqués, mais il n'est pas question que ce langage puisse être autre chose que la langue orale, seul adaptée à la communication du savoir, idée que les enseignants, bien sûr entendants soutiennent et imposent, en toute bonne foi. Et les sourds n'ont qu'à se taire !

Tout problème qui perdure à cause de la volonté de quelques uns, le manque de clairvoyance ou plus simplement, l'étroitesse d'esprit  (ce qui semble le cas ici), trouve, un jour ou l'autre, sa solution qui, en l'occurence, se manifestera par l'Abbé Charles Michel de l'Epée (1712-1789). Le hasard fera que, cherchant à échapper une averse, ils se réfugie dans une maison qu'habitent deux soeurs jumelles et sourdes, l'observation qu'il fait de la communication gestuelle élaborée par ces deux femmes et de son étonnante complexité éveille sa curiosité et il décide d'apprendre d'elles ces gestes qui, c'est son expression, permettent l'expression de pensées complexes.

De ce travail naît son premier ouvrage : "Institution des sourds-muets"" dans lequel il préconise l'utilisation de "signes méthodiques". C'est une véritable bombe, déclenchant une vive polémique dans le milieu des enseignants français et soulevant de fortes réaction, celle de Péreire à Paris, de l'abbé Deschamps à Orléans, ce dernier attaque verbalement la nouvelle méthode de l'Abbé de l'Epée:  "Quel sera l'homme assez ami de l'humanité pour dévorer les dégouts inséparable de l'étude de la langue des signes ?", le clou est encore enfoncé par un médecin suisse, le docteur Amman: "Quelle stupidité trouvons-nous chez la plupart de ces infortunés sourds, comme ils différent peu des animaux!" et Deschamps, fidèle à lui-même, de conclure : "Que les créatures faites à l'image de Dieu doivent par nécessité être capables de parler et ressembler en cela à leur créateur!"

Ces presque insultes montrent la férocité de la réaction, férocité qu'il est difficile de comprendre , peur de la nouveauté, de la différence, de l'anticonformisme, de voir ses convictions bousculées , aveu, déjà et surtout, de sa propre médiocrité !

Sourd (!) à ces critiques, l'Abbé de l'Epée crée une école pour sourds-muets.

En 1779, Pierre Desloges, un sourds, écrit et publie "Observation d'un sourd-muet" témoignage de ses connaissances et analyses personnelles, il avait acquis les rudiments du français grâce à son métier de relieur, métier qui débouchait naturellement sur la lecture, le soir, des ouvrages, reliés le jour. Son livre, résultat d'une création intelectuelle, preuve de la maîtrise d'un savoir, apporte à l'abbé de l'Epée un soutien inconsidérable contre les thèses de Deschamps, il n'y a donc pas de lien obligé entre l'absence de communication orale et l'incapacité à raisonner, apprendre par la parole n'est qu'un possibilité parmi d'autres, même si c'est la plus évidente, la plus répandue, que 'l'idiotie" des sourds n'est que le résultat de l'obligation qui leur est faite d'acquérir les connaissances de base oralement et que si cette obligation est citée, contournée, plus rien ne gêne leur développement intellectuel, que les "gestes  ne les mèneraient à rien" peuvent mener à tout.

Une soixantaine d'années plus tard, Ferdinand Berthier, doyen des professeurs sourds de l'institut de Paris, élabore un langage gestuel appuyé sur des signes naturels, expressions de visage, modulations et direction des signes. Cette approche se révèle bien différentesde celle de l'abbé de l'Epéé, qui s'était fourvoyé dans sa tentative de rapprocher langue des signes et langue Française, condamnant ses "signes méthodiques" aux oubliettes. La difficulté d'apprentissage et une certaine confusion se montrèrent des obstacles involontaires mais considérables leur diffusion chez les sourds. Si les "signes naturels" remportèrent haut la main la victoire grâce à la liaison pensée/image, il faut garder en mémoire que l'abbé de l'Epée, esprit novateur, mérite sans constestation le titre de "Père de langue des signes" de par son approche technique mais aussi et surtout par sa volonté d'aider les sourds et sourds-muets à se faire reconnaître en tant qu'hommes et femmes à part entière.

 

La "méthode Berthier", la langue des Signes Française ou L.S.F. (appellation contestable si ce n'est quant à son origine puisque langue internationale grâce à la traduction de la pensée par l'image) arrive aux Etats-unis grâce à Laurent Clerc (sourd) et au révérend Thomas Hopkins Gallaudet (entendant) venu en Europe chercher des méthodes d'enseignement des sourds. Exportation qui portera ses fruits bien plus tard.

La première moitié du XIXème siècle voit des querelles et des conflits entre partisans de la langue des signes et partisans de l'oralisme, Jean-Marc ITARD (1774-1838), médecin-chef de l'Institut de Paris inflige, dans le cadre de se recherches sur la surdité, des tortures effrayantes à ses "éleves-cobayes", après des années d'éfforts (et de souffrances) pour apprendre à ceux-ci à parler, il reconnaît comme "indispensable" dans l'instruction "morale et intellectuelle" du sourd, l'apprentissage de la langue de signes. Constatation tardive!!!!!bien des souffrances auraient pu être évitées.

Et pourtant, au milieu du XIXème siècle, en France, l'usage des signes est supprimé, les instituts de Paris et de Lyon restent les ultimes bastions de l'éducation gestuelle et cela jusqu'au jour où ils doivent s'incliner à leur tour devant la décision du Congrès de Milan en 1880, Milan, ville où les oralistes règnent sans partage,où un seul de ces délégués est sourd (1 sur 164 congressistes), un congrès international (bien que 90% des délégués étaient français et italiens) pour donner une vague aura scientifique, un vote pour désarmorcer toute contestation, une machine de guerre franco-italienne qui interdira toute éducation gestuelle, qui mettra une chape de plomb, de silence sur les revendications pourtant légitimes et bien inoffensives des sourds.

Il faudra un siècle pour que la langue des signes revienne parmi la population sourde qui n'osait plus la pratiquer, si ce n'est marginalement, dans quelques association et écoles. Il faut souligner l'importance des Etats-Unis pour ce qui est de la survivance et la progression de la L.S.F. implantée dans le Nouveau Monde gràce à Laurent Clerc.

En 1968, une sensibilité nouvelle quant aux diverses cultures en France rend leur droit de parole aux monorités linguistiques, bretonnes, basques, occitanes, alsaciennes, ... et, un peu plus tard, aux sourds pour la défense de leur droit à communiquer. Ce n'est qu'en 1991 que la L.S.F. n'est plus interdite dans les écoles, en France.

Il est néanmoins beaucoup à faire pour que cette langue se répande à travers la socièté, que les sourds puissent s'intégrer, évoluer avec aisance, bénéficier d'une qualité de vie satisfaisante, que le monde voie l'écroulement de la frontière qui sépare les sourds et les entendants.

L'A.C.S.E. (Association Communication Sourds et Entendants), Le CYGNE s'emploie, modestement, à créer, développer la communication du sourd, unique voie vers son autonomie, sa reconnaissance par les autres, tous les autres, et plus simplement à son bien vivre.